ANNE

Jamais je n’oublierai ce samedi matin où ma vie a changé. 

C’était il y a six ans. Ce matin-là, comme tous les jours, la première chose que j’ai faite en sortant du lit a été de mettre mon appareil auditif, un outil qui m’aidait à vivre avec une perte auditive partielle. Mais ce matin-là, je n’entendais plus rien. J’ai essayé de changer les piles puis de replacer l’appareil, mais rien n’y faisait…

J’étais désemparée.

Puisque je vis seule, une de mes bonnes amies m’a pris un rendez-vous chez mon oto-rhino-laryngologiste, puis m’y a accompagnée. Après quelques tests, la dure nouvelle est tombée : j’étais devenue entièrement sourde.

Le chemin du retour a été insoutenable. Je ne sais pas comment j’ai fait pour ne pas m’effondrer en larmes devant mon amie. J’avais du mal à garder mon calme tant les idées se bousculaient dans ma tête.

J’ai toujours mené une vie active et indépendante. J’habite seule depuis le décès de mon mari et j’ai une vie sociale stimulante, étant toujours entourée d’amis et de voisins. Mais cette nouvelle m’a fait craindre pour ma qualité de vie. J’avais peur de ne plus pouvoir demander de l’aide quand j’en aurais besoin. De ne plus pouvoir comprendre la pharmacienne et le médecin. De perdre de vue mes amis. Et même de ne plus pouvoir ouvrir quand on sonnerait à la porte.

Je me sentais immensément vulnérable et isolée. Je me suis demandée, c’est donc comme ça que l’aventure se terminera?

Puis vint un premier miracle.

Mon médecin m’a suggéré de communiquer avec le Centre MAB-Mackay pour en savoir plus sur ce qu’on appelle un implant cochléaire. C’est là que j’ai rencontré Ariane (audiologiste) et Ashanta (travailleuse sociale), qui m’ont accueillie si chaleureusement et qui ont apaisé mes craintes. Elles m’ont tenu par la main, m’ont rassuré, m’ont donné espoir.

Ariane m’a parlé d’une technologie prometteuse appelée un implant cochléaire, un petit appareil électronique qui pourrait être inséré derrière mon oreille et qui permet de restaurer une partie de l’audition. Ashanta a ensuite expliqué chaque étape du processus menant à la chirurgie et ce qui suivait. Puisque je n’avais pas l’habitude de lire sur les lèvres et que je voulais bien comprendre toute l’information, elle a pris le temps de transcrire les réponses à toutes mes questions afin que je puisse les ramener à la maison pour les lire à tête reposée.

Au début, j’étais plutôt intimidée par le processus. L’idée de me rendre à l’hôpital pour subir une opération à la tête me rendait anxieuse. Malgré ma nature optimiste, je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux risques que cela représentait, surtout pour une personne de 89 ans.

Avec l’encouragement d’Ashanta et le soutien de mes amis, j’ai décidé de faire le saut. Je me suis dit qu’après tout, je n’avais rien à perdre.

L’équipe exceptionnelle du MAB-Mackay m’a accompagnée à chaque étape du processus, me donnant la confiance dont j’avais besoin. Ses spécialistes m’ont aidée à remplir tous les papiers nécessaires et m’ont préparée pour mes rendez-vous à Québec, la seule ville de la province où cette opération est offerte. Ils étaient toujours présents pour nous rassurer et nous préparer, mes amis et moi, pour que nous sachions exactement à quoi nous attendre. 

J’ai dû attendre environ deux ans avant d’avoir mon rendez-vous pour l’opération. Pendant ce temps, les professionnels du MAB-Mackay m’ont aidée à bien m’adapter à ma surdité et à maintenir mon indépendance en toute sécurité. Ils sont venus chez moi installer un système qui m’avertissait par une lumière clignotante chaque fois que le téléphone, la sonnette d’entrée ou le détecteur de fumée retentissait. Ils m’ont aussi fourni un appareil TTY et m’ont enseigné à m’en servir pour faire des appels téléphoniques. Tout au long de la période qui a précédé ma chirurgie, j’ai aussi pu recevoir du soutien psychologique pour m’aider à faire face à mes inquiétudes.

Plus l’opération approchait, plus j’étais emballée à l’idée d’entendre à nouveau les voix de mes chers amis et des membres de ma famille qui vivent en Allemagne.

J’ai reçu un traitement des plus attentionnés de la part du personnel chirurgical. Pendant que je m’endormais, une infirmière me touchait la joue et me parlait doucement. Et quand je me suis réveillée quelques heures plus tard, elle m’a annoncé, tout sourire, que l’opération était réussie! 

Après deux semaines de convalescence à la maison, je suis retournée à l’hôpital pour l’activation de mon implant.

Et c’est là qu’est survenu un autre miracle : j’ai retrouvé l’audition!

Au cours des trois mois qui ont suivi, je me suis rendue au MAB-Mackay trois fois par semaine pour faire des exercices pour entraîner mon cerveau à ma nouvelle façon d’entendre. On m’a fait entendre des sons de différentes hauteurs pendant qu’on réglait la partie externe de mon implant.

Je me suis adaptée très rapidement, et j’ai même pu recommencer à parler au téléphone!

Sans vous, rien de tout cela n’aurait été possible.

Je suis immensément reconnaissante envers le MAB-Mackay et les donateurs et donatrices comme vous pour m’avoir donné un nouveau souffle à ma vie. Aujourd’hui, j’ai 95 ans, et j’apprécie plus que jamais ma chance de pouvoir entendre à nouveau.

Anne, 95 ans
Heureuse d’entendre à nouveau